Le tournant énergétique allemand est un «désastre»

Le tournant énergétique allemand est un «désastre»
11. avril 2017 Info Energie

Fritz Vahrenholt, ancien élu socialiste allemand actif dans le domaine de la protection de l’environnement et manager du secteur énergétique, s’exprime sur la politique énergétique allemande et sur la Suisse qui, à son avis, devrait éviter de suivre l’exemple allemand.

Reprise autorisée et raccourcie de l’interview de Dominik Feusi, «Basler Zeitung (BaZ)» du 18.02.2017

BaZ: Vous avez qualifié la politique énergétique allemande de «désastre». Pourquoi?
Fritz Vahrenholt: Pour commencer, le gouvernement allemand a décidé en l’espace d’un week-end après le tsunami au Japon de renoncer à l’énergie nucléaire qui, jusque-là, assurait la capacité électrique de base pour l’industrie allemande. Depuis, le gouvernement allemand tente de remplacer cette ressource énergétique sûre et fiable par une production électrique variable basée sur le soleil et le vent. C’est insensé et en réalité tout le monde le sait.

Moi, je ne le sais pas, Alors expliquez-moi.
50 à 100 jours par an, parfois durant des semaines entières, nous n’avons ni vent ni soleil. Pendant ces périodes, ces équipements produisent moins de 10% de nos besoins en énergie. Quand le vent souffle et que le soleil brille, il y a trop d’électricité dans le réseau et, comme nous n’avons pas de capacité de stockage, nous sommes contraints de déclencher les éoliennes. Nous avons un problème qui s’aggrave constamment – soit nous avons trop d’électricité, soit nous n’en avons pas assez.

Commençons par le début. L’énergie nucléaire n’a pas d’avenir, tout de même!
C’est ce que la politique a décidé alors que les centrales nucléaires allemandes n’ont suscité ni critiques, ni craintes sérieuses quant à leur sécurité.

La Suisse a prévu de laisser produire les centrales nucléaires aussi longtemps que leur sécurité le permet.
C’est intelligent. Vous gagnez ainsi du temps jusqu’à ce que l’on dispose éventuellement de technologies avantageuses de stockage énergétique.

Et les déchets radioactifs?
La problématique du stockage final des déchets radioactifs doit être résolue indépendamment du fait que les centrales nucléaires tournent pendant 30, 40 ou 50 ans. Après Fukushima, seule la Suisse et l’Allemagne ont décidé de lancer un tournant énergétique. Même le Japon continue de miser sur la force nucléaire et sur le charbon. La dernière centrale nucléaire allemande sera arrêtée en 2022. Il n’y aura alors plus d’approvisionnement fiable dans le sud de l’Allemagne. Nous dépendrons de plus en plus des forces de la nature si, par la suite, nous renonçons aussi aux centrales au charbon ou au gaz.

Il suffit d’installer suffisamment de centrales éoliennes et solaires…
Non, même si vous triplez la capacité éolienne, la production est quasiment égale à zéro par calme plat. Le même constat vaut pour le solaire, notamment la nuit. La quantité de courant produite par les éoliennes équivaut à 90 jours par an de production à pleine puissance. Pour les installations photovoltaïques, on ne compte même que 35 jours par an à plein rendement. Ces simples chiffres font comprendre que, faute d’un stockage énergétique suffisant, il est impossible de garantir un approvisionnement fiable avec ces ressources.

Pourquoi cela est-il si important?
Il faut avoir conscience de ce que le système en place doit produire. A chaque fois qu’un besoin d’électricité se déclenche quelque part, le système doit immédiatement fournir l’électricité demandée. Si un soir d’hiver on enclenche les projecteurs illuminant le stade du FC Bâle, la demande en électricité doit être satisfaite dans les secondes qui suivent. L’énergie solaire ou éolienne ne permet pas d’augmenter instantanément la production.

La production excédentaire allemande menace aussi notre force hydraulique.
Nous disposons en Allemagne de 50000 mégawatts de puissance éolienne. Lorsque toutes les éoliennes produisent, nous devons d’abord stopper les centrales au charbon et au gaz, mais ensuite même des éoliennes, faute de quoi le système s’effondre. Si cela ne suffit pas, nous envoyons de l’électricité à l’étranger et nous détruisons de la sorte l’approvisionnement national des pays voisins. A l’inverse, nos voisins doivent nous soutenir lorsqu’il n’y a plus de vent. Les Polonais n’acceptent plus cela. Ils ont installé des déphaseurs à leurs frontières pour empêcher que l’électricité excédentaire allemande leur parvienne. Les Tchèques en feront bientôt autant.

La Suisse pourrait-elle agir de même?
Je peux tout à fait m’imaginer que ce débat commence bientôt en Suisse et que l’on se pose la question suivante: «Sommes-nous réellement obligés de supporter les conséquences de la politique énergétique téméraire et mal calculée de l’Allemagne?» Il existe sans doute des gens en Suisse qui répondront non à cette question. Je les comprends parfaitement.

Les éoliennes détruisent les paysages et les alentours des villages. Conséquences: de plus en plus d’initiatives citoyennes sont lancées en Allemagne pour s’opposer à leur construction.

Quelle menace représentent les éoliennes?
J’ai moi-même fondé en 2000 une entreprise de force éolienne et je l’ai développée. Je connais donc très bien cette technologie. Il ne me serait jamais venu à l’esprit de croire que l’on envisagerait de faire fonctionner un réseau de chemins de fer avec une énergie aussi variable. Nous devons tous nous en rendre compte. Les éoliennes n’ont pas que des avantages. Nous devons tous apprendre cela. En Allemagne on projette de construire en moyenne tous les 2,7 km une éolienne alors que nous savons bien que ces équipements font disparaître les oiseaux rapaces, les chauves-souris et d’autres espèces menacées. Le milan rouge est menacé. Les effectifs des 26 espèces les plus importantes d’oiseaux chanteurs sont en baisse. Les conséquences nuisibles des éoliennes pour les espaces vitaux des plantes et animaux sont énormes. Si une centrale nucléaire avait autant d’effets destructeurs sur la nature que les éoliennes, il y a longtemps qu’on l’aurait arrêtée.

Pourquoi les organisations de protection de la nature se taisent-elles?
La raison profonde est la suivante: le parti politique des verts a fait du tournant énergétique son programme et il poursuit ce programme coûte que coûte. Les verts allemands n’ont en réalité jamais été un parti de protection de l’environnement, mais un parti anticapitaliste qui s’engage contre l’énergie nucléaire et l’industrie. Voilà pourquoi la flore et la faune ne les intéressent que marginalement. Il existe des organisations de protection de la nature qui sont sur cette ligne politique et d’autres qui se préoccupent effectivement de la protection de la nature. Pour les premières, le tournant énergétique est plus important que la protection de la nature.

Mais on constate tout de même des résistances contre les éoliennes.
Oui. Il existe dans les campagnes un énorme potentiel de protestation politiquement de droite. Cela me rappelle – et la chose ne manque pas d’ironie – le début du mouvement antinucléaire. Aujourd’hui la réalité est la suivante: le rêve des élites urbaines d’un approvisionnement énergétique prétendument propre est réalisé aux dépens des populations campagnardes qui y perdent leur patrie.

Quels sont, financièrement, les gagnants et les perdants dans cette affaire?
Celles et ceux qui touchent des subventions pour leur toit solaire ou qui participent à un fonds pour des éoliennes n’appartiennent en règle générale pas aux couches les moins aisées. Les salariés, les assistés sociaux, les habitants d’immeubles locatifs – voilà les gens qui doivent passer à la caisse pour financer les rendements confortables que l’Etat garantit pendant vingt ans aux nantis.

Pour vous, il y a deux manières de participer à ce développement: fermer les yeux et continuer sur la même voie ou corriger.
Il faudra bien tôt au tard corriger – au plus tard après les premiers effondrements du réseau électrique. Mais plus nous attendons, plus les difficultés seront grandes. Si dans dix ans nous avons une batterie fantastique qui coûte 5 centimes d’euro par kilowattheure, les choses pourront peut-être s’arranger. Mais c’est là une politique basée sur de vagues espoirs. Je ne prendrai pas de pari sur elle et, comme responsable politique, je n’engagerai certainement pas une nation sur cette voie.

2 Avis

  1. Karin Crisinel 4 mois ll y a

    je voterai NON

  2. Lou 4 mois ll y a

    Oui, entièrement d’accord que la construction des éoliennes ne profite q’à des nantis. Croyez vous qu’ils accepteraien une éolienne dans leur jardin ???

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